Sens des langues, des langages et des codes

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Les langues et langages sont les vecteurs de toute information.

Les langues et langages sont plus ou moins efficaces pour transmettre des informations et leur donner du sens.

Les langues et langages eux mêmes sont des informations plus ou moins faciles à transmettre : l'apprentissage d'une langue, à commencer par sa langue maternelle, puis d'autres langues réputées paternelle ou étrangères mettent en oeuvre des mécanismes fondamentaux pour l'éducation et la structuration des individus au sein de leur culture et du milieu social où ils vivent.

La grande révolution de l'informatique et de l'internet a induit l'émergence de langages informatiques s'appuyant sur les travaux fondamentaux de linguistes comme Noam Chomsky (cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Chomsky_hierarchy ).

Cette page, avant tout personnelle, vise à recenser les contributions majeures permettant de mieux comprendre le patrimoine linguistique actuel afin d'aider à se positionner et éventuellement mieux choisir ses axes d'études de langues.


1. Que penser du patrimoine linguistique européen et mondial ?

Sur près de 7000 langues connues, une dizaine de langues meurent chaque chaque année dans le monde, 90% des langues au monde ne sont pas représentées sur l'internet (cf. http://portal.unesco.org/education/fr ).

Evidemment, la plupart des langues en voie de disparition sont presque exclusivement orales ; l'urgence pour des organisations humanitaires comme la SIL (Société Internationale de Linguistique (formerly Summer Institute of Linguistics ...) : http://www.sil.org ) est au minimum de tenter de garder mémoire de ces langues en se hâtant d'en établir lexiques syntaxes et grammaires ; en effet une langue morte suffisamment bien décrite dans d'autres langues peut éventuellement connaître une résurrection à l'exemple actuel de l'hébreu.

Suite aux inquiétudes des anthropologues et des linguistes, l'UNESCO préconise le développement du plurilinguisme pour la préservation et la vitalité du capital linguistique mondial, c'est à dire au minimum trois langues pour chacun : la langue maternelle, une langue de communication internationale ou langue paternelle et une langue de proximité, la proximité pouvant être de voisinage de quartier, de travail, de famille, géographique ou simplement d'affinité (l'envie de connaître d'autres cultures ...).

Outre les différences entre langues écrites et parlées, il y a des singularités comme les langues des signes. Les langues des signes sont les langues naturelles des personnes nées sourdes. Même si statistiquement dans le monde 90% des enfants sourds naissent dans des familles entendantes, les proches de l'enfant redécouvrent tout à fait naturellement des gestuelles de communication très proches des langues des signes établies. Autrement dit, les langues des signes sont des langues naturelles qui réapparaîtraient spontanément même si on décidait de les interdire. La plupart des linguistes s'accordent pour conseiller aux parents et proches de personnes sourdes d'apprendre la langue des signes et d'adhérer d'une certaine façon à cette culture de communication en langage signé. Bien souvent les sourds ont le sentiment de faire partie de communautés tenues à l'écart des entendants : le désir est donc assez fréquent de préférer l'appareillage prothèse ou implant cochléaire. Au delà de ces difficultés ou souffrances il faut souligner au moins deux propriétés remarquables des langues des signes : la langue des signes est utile dans un bon nombre de situation de danger ou détresse, c'est pour cela que les pompiers américains sont tenus de maîtriser l'ASL (American Sign Language) ; en effet, les langues des signes permettent non seulement de secourir des malentendants mais aussi de communiquer dans les fracas d'incendies ou de déluges ou tout simplement derrière des vitres ou hublots étanches ou encore en plongée ; l'autre particularité remarquable c'est la très grande parenté des langues des signes : quand on maîtrise une langue des signes, par exemple la LSF (Langue des Signes Française), une semaine d'immersion dans une autre langue des signes, par exemple la JSL ou la TSL (Japanese Sign Language ou la Taïwan Sign Language) suffit pour la maîtriser suffisamment, ce qui sans équivalent pour les langues parlées ; bref, on pourrait ajouter aux recommandations de l'UNICEF, qu'il devrait être obligatoire de connaître tous une langue des signes, il y a d'ailleurs une Langue des Signes Internationale (cf. la LSI : http://aile.revues.org/document1347.html ). L'internet regorge d'informations sur les langues des signes (e.g. http://surdite.lsf.free.fr/index.htm, http://www.reach.ca/text_only/shared_future/fr/bull.htm ).

Le grand enjeu des langues des signes est d'en établir des langues écrites aussi facile apprendre que leur forme gestuelle ; c'est cette absence de langues écrites duales des langues des signes qui a freiné et freine toujours leur percolation ; l'avantage des langues des signes sur beaucoup d'autres langues restées totalement orales c'est que les langues des signes ne pourront jamais disparaître : elles sont continuellement réinventées par des sourds.


2. Les multimodalités linguistiques : écrits, parlés, sons et signes.

Pourquoi un mot sur les multimodalités linguistiques ?

Cette interrogation tourne d'abord autour de la façon dont on apprend, puis interpelle les usages culturels, bref c'est plus un regard sur les liens entre modalités qui rappelle l'ordre de certaines choses et permet de mieux cerner les passages obligés dans la maîtrise des vecteurs d'informations.

La première langue apprise pour tout être humain est une langue maternelle orale, ou par défaut une langue des signes ; dans cet apprentissage il y a deux facettes qui sont d'abord l'écoute, qui peut s'appeler écoute visuelle pour les sourds puis la facette parler : la personne va utiliser pour parler de plus en plus ce qu'il a pu mémoriser et comprendre de son écoute.

A partir de la maîtrise de ce premier stade de la modalité orale de sa langue maternelle, l'enfant va pouvoir apprendre à lire et à écrire ; une fois la lecture et l'écriture de sa langue maternelle suffisamment structurée, la personne va pouvoir envisager l'apprentissage de n'importe quelle autre langue du monde en commençant, si possible, par une langue de communication internationale ou langue paternelle.

Tous les autres apprentissages que linguistiques s'appuient sur l'usage de la parole et de l'écrit, la multimodalité courante plaçant l'écrit en support de la parole.

Les autres multimodalités linguistiques sont les sous-titrages et traductions simultanées en particulier en langue des signes.

Parmi tous les apprentissages traditionnels de toutes les cultures il y en a 2 qui possèdent toutes les caractéristiques des langues sans en faire partie : ce sont la musique et la danse : il y a beaucoup à dire sur les codifications musicales et les écoles de danse ou de voltige et sur les multimodalités qu'elles induisent.

Enfin, en guise de transition avec le paragraphe suivant sur l'informatique, il est bon d'évoquer l'émergence de mulimodalités nouvelles, principalement de l'écrit, avec l'informatique et l'internet. L'écrit qui était devenu papier-crayon avec la Renaissance, est actuellement écran-clavier dans beaucoup d'entreprises. Il y beaucoup d'aspects à discuter sur l'émergences de ces multimodalités linguistiques rendues possibles par l'informatique et l'internet ; dans le cas fréquent d'alphabets spécifiques aux langues il faut des claviers bilingues, voire multilingues et des applications et systèmes d'exploitations adaptés aux diversités d'usages ; un des plus beaux exemples concrets actuels est donné par les claviers bilingues franco-arabes et des logiciels d'édition qui savent non seulement changer d'alphabet mais aussi de sens de défilement (écriture de gauche à droite pour le français et de droite à gauche pour l'arabe) et de vérificateurs orthographiques et syntaxiques. C'est d'ailleurs prodigieusement frustrant de ne trouver aucune méthode d'apprentissage des langues qui vous proposent les claviers et les logiciels d'édition et communication qui vont avec (e.g. Clavier QWERT pour l'américain, clavier cyrillique pour le russe ...).

Juste un mot de plus en direction des liens entre langues, informatique et internet : beaucoup de travaux sont engagés sur les traducteurs automatiques et l'usage en est assez peu enseigné dans les universités chargées de l'apprentissage des langues.


3. L'explosion des langages informatiques.

Les langages informatiques n'ont pas été inventés par des mathématiciens, ni même par des physiciens ou des chimistes mais par des linguistes. Une des contributions majeures parmi les plus connues est celle de Noam Chomsky (cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Chomsky_hierarchy ) qui organise rigoureusement les mécanismes syntaxiques des grammaires de langages.

Contrairement aux langues naturelles qui tendent à disparaître au profit de quelques unes, les langages informatiques ne cessent de se multiplier et de se diversifier ; l'enjeu majeur de l'informatique est la maîtrise de la complexité il s'en suit, à la fois pour des raisons humaines de répartition du travail en écoles de pensée et pour des raisons théoriques fondamentales qui sont des conséquences du théorème de Gödel sur l'incomplétude logique des représentations une prolifération croissante des langages et une évolution permanente des méthodes et environnements de travail.

Sans s'appesantir outre mesure sur les langages informatiques, ceux qui sont considérés comme les plus efficaces méritent d'être mentionnés :

Pour comprendre un peu mieux l'évolution actuelle des langages de programmation il suffit de scruter l'internet et de lire par exemple l'encyclopédie vivante wikipedia (e.g. http://fr.wikipedia.org/wiki/Programmation).

La question reste pour les générations montantes : comment s'initier au mieux à la programmation ?

Outre Visual Basic qui permet depuis longtemps de démarrer simplement, les subtilités de l'écriture programmative objet et l'ouverture et l'entraide des associations de développeurs de Logiciels Libres font préférer Python pour sa simplicité et sa rigueur ; viennent ensuite les problématiques de développements collaboratifs où les environnements de développement ouverts uilisent actuellement Eclipse et les structures d'hébergements sur serveurs sourceforge ou équivalents gforge ...

Quasiment tous ces langages informatiques reposent sur la langue anglaise.


4. Transmission des traditions, cultures et connaissances

Nous ne sommes que les maillons de chaînes de connaissances : nous avons reçu une éducation, une culture, des connaissances et nous devons transmettre à notre tour, tout ou partie de ces éléments aux générations à venir.

Présentement, c'est la problématique de l'efficacité de ces transmissions de connaissances qui est en question : il s'agit de transmettre aussi rapidement et aussi complètement que possible en tout cas les éléments essentiels.

En réexaminant le déroulement des apprentissages de langues, il apparaît qu'intrinsèquement l'orthophonie est essentielle pour conforter l'apprentissage de la langue maternelle orale, ensuite la vision devient primordiale pour l'apprentissage de la lecture et simultanément la maîtrise gestuelle tactile pour l'apprentissage de l'écriture.

L'apprentissage d'une langue paternelle, principalement une langue de communication internationale, mais aussi potentiellement de connaissances et de culture pose certains problèmes de dépendances ; il y a principalement cinq questions à se poser :

  1. La langue parternelle est-elle facile à apprendre ? En réponse à cette préoccupation il y a entre autre l'Esperanto et le Globish ; manifestement ce sont les langues des signes qui sont les plus rapides à apprendre, à condition d'en connaître déjà une.

  2. La langue paternelle implique-t-elle une dépendance à d'autres cultures, sources potentielles de conflits ? Sur ce point l'Esperanto a été créé justement pour gommer le plus possible toute dépendance à d'autres cultures.

  3. La langue paternelle est-elle une langue maternelle ? Plus précisément dans le cas de l'Esperanto et bizarrement en corollaire de la question pour cette langue, il est prouvé que les familles qui ont fait le choix de l'Esperanto comme langue maternelle de leurs enfants ont grandement astructurés culturellement leurs enfants : en extropolant on pourrait déconseiller de s'intéresser aux langues qui n'offrent pas ou peu de structures culturelles et contribuent aux pertes de repères.

  4. La langue paternelle est-elle la langue maternelle ? C'est là un signe de décadence : historiquement toutes les civilisations dont la langue maternelle est devenue langue paternelle ont été sur le déclin : ça a été observé pour le grec avec les romains, plus récemment avec le latin pour l'Europe ; c'est donc à craindre actuellement pour les anglo-saxons : la confusion de la langue maternelle en langue paternelle n'est pas bonne pour le développement intellectuel des enfants de ces cultures.

  5. La langue paternelle est-elle une langue vivante ? L'enjeu dans l'effort de transmission est aussi le développement durable des connaissances : il est donc important de codifier un tant soit peu la vivacité des langues paternelles ; c'est une question que connaissent particulièrement les linguistes arabes soucieux de préserver leur patrimoine culturel religieux tout en laissant la langue évoluer vers de nouvelles tournures.

Ainsi, la transmission d'informations pose le problème du développement durable des connaissances ; il ne suffit pas de disposer d'informations, il faut détenir et transmettre aussi les clés de compréhension qui permettront d'utiliser ces informations.

Les langages informatiques aussi connaissent déjà des problématiques similaires : il faut conserver des compilateurs capables de recompiler d'anciens programmes écrits dans des langages abandonnés ; ce sont principalement les associations de Logiciels Libres qui contribuent à cet effort de développement durable des connaissances et de la réutilisabilité de matériels dont les logiciels ne sont plus maintenus.


5. Conclusion.

Les langues, le verbe sont le fondement de la vie sociale humaine ; il est utile de réfléchir sur le devenir du patrimoine linguistique mondial avec la globalisation et la révolution internet.

Les principales préconisations et tendances à retenir sont :

  1. Maîtriser au moins 3 langues : la langue maternelle, une langue paternelle et une langue de proximité.

  2. Connaître au moins une langue des signes.

  3. Pratiquer la musique, la danse et le dessin.

  4. Oeuvrer pour la mise en place d'un anglais technique standard rapide à apprendre et maîtriser style globish (cf. http://www.jpn-globish.com/ ) plutôt que pour un esperanto.

  5. Prendre des mesures en direction du développement durable des connaissances à commencer par leur support : les langues.

Bibliographie et remerciements

Merci à tous ceux qui ont aidé et aideront à éclaircir et corriger les points de vues exprimés dans cette page.

Il n'est pas facile de trouver de bons textes de vulgarisation discutant de la linguistique des langages informatiques ni des bons usages linguistiques de l'informatique ; il est beaucoup plus facile de trouver d'excellents ouvrages discutant de la linguistique des langues naturelles :

« Halte à la mort des langues », Claude Hagège, éditions Odile Jacob, 21 septembre 2002, ISBN 2738111823.

« L'Avenir des langues, Repenser les humanités », Pierre Judet de La Combe et Heinz Wismann, éditions du Cerf, septembre 2004, ISBN 2204076023.