Confiance et Percolation
sur l'Internet
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Le thème est ambitieux et vaste. Cette page vise à faire le point sur deux
composantes essentielles des projets collaboratifs : d'une part la confiance
que l'on peut accorder aux informations et d'autre part la propagation des
informations ou idées qui sont l'élément moteur des projets.
1. Comment gérer son temps
?
Notre ressource la plus précieuse est le temps : du fait que notre temps
est compté, nous avons intérêt à nous organiser pour le gérer ; la façon
dont nous utilisons notre temps dépend de plus en plus de la façon dont les
autres l'utilisent : La gestion du temps relève donc d'une approche holistique.
L'Internet a changé les temporalités avec l'apparition d'une sensation nouvelle
d'ubiquité spatio-temporelle : tout, tout de suite, tout le temps et partout.
Pour que les idées progressent et qu'elles se transmettent il devient donc
essentiel d'utiliser les propriétés remarquables de l'internet.
2. Quels moyens de communication
?
Les trois principaux sens mis en jeux dans les communications sont la vue,
l'ouie et le toucher.
La vue sert principalement à lire jusquà 8 mots/s.
La voix permet de communiquer jusqu'à 2 mots/s.
Les mains permettent de taper jusqu'à 1 mot/s.
Autrement dit, les capacités d'assimilation sont supérieures à celles de
production d'informations.
3. Quelles garanties sans tiers de confiance ?
Une information en laquelle on ne peut avoir confiance est une information
inutilisable.
Plus fort, la perte de confiance en soi, entrave pour ne pas dire inhibe
les tentatives d'initiative.
Dans l'ordre des choses, la confiance se bâtit en partant de l'individu qui
doit maîtriser son autonomie au travers de la confiance qu'il accorde à ses
capacités mentales, son bagage culturel, ses connaissances, son expérience
professionnelle et la solidité des projets qui le motivent.
La transmission d'information, l'assimilation de connaissances ne peuvent
s'opérer sans confiance ; fondamentalement les informations ne peuvent percoler
sans confiance. L'absence de conscience de la nécéssité de vérifier la fiabilité
des informations échangées est un mode assez courant de confiance accordée
par défaut.
La notion de confiance s'appuie sur un diagramme d'interaction à trois acteurs
: le producteur d'information, le récepteur d'information et le tiers de confiance
(cf. Unified Modeling Language :http://etna.int-evry.fr/COURS/UML
)
Dans ce modèle, la confiance accordée par défaut, est un cas particulier
où le rôle du tiers de confiance est joué par les capacités propres de jugement
du récepteur d'information.
Tout échange d'information procède de mécanismes de confiance.
Il est important de savoir de quelle nature sont les tiers de confiance ;
ces tiers de confiance n'ont pas toujours de personnalité facilement authentifiable
; le premier exemple, pour éclairer ce propos, est de considérer l'environnement,
la nature comme tiers de confiance : l'expérience scientifique s'appuie sur
les propriétés de causalité : tous les scientifiques ont confiance dans le
principe de causalité, c'est ce qui sous-tend tous les progrès scientifiques
et technologiques : la nature est fiable, la reproductibilité d'expériences
maîtrisées n'a jamais été remise en cause : dans cette affaire d'objectivité
des abstractions, tous les scientifiques et technologues s'accordent pour
rappeler que c'est toujours l'expérience qui permet de vérifier le degré
de fiabilité des théories scientifiques : la nature est bien le tiers de
confiance des théories scientifiques (e.g. comment mieux expliquer la crise
de confiance induite par les travaux de Gallilée dans les savoirs transmis
par l'Eglise de son époque ?).
Un autre exemple, peut-être encore plus convaincant, sur la fragilité de
la notion d'identité du tiers de confiance, ce sont les moteurs de recherche
; les moteurs de recherche jouent le rôle de tiers de confiance : en classant
les réponses aux requêtes le plus rapidement possible ils gagnent en confiance
par leur pertinence et leur rapidité. Le moteur de recherche Google a actuellement
gagné la confiance des marchés en développant des algorithmes efficaces et
des technologies sobres et économes en ressources.
4. Communiquer et transmettre ?
Au delà de la confiance, le processus d'échange
d'informations induit des mécanismes d'assimilation : le récepteur d'information
ne doit pas toujours se contenter de détenir l'information transmise mais
il doit assez souvent l'assimiler pour l'utiliser dans des relations au producteur
d'information ou autres tiers de confiance qui peuvent relever du cas courant
de la conversation argumentée ou d'autres cas plus ou moins contraints comme
l'obéissance, l'apprentissage.
5. Pérenne, évènementiel ou relationnel ?
Les étendues temporelles et spatiales des informations participent du degré
de confiance : les informations ne sont pas forcément valables tout le temps
ni partout.
Pour ceux qui voudraient déployer des pages web fiables au sens où les visiteurs
en partiraient satisfaits avec l'envie de revenir les consulter souvent :
ce degré de confiance ultime qui classe les pages au premier rang des moteurs
de recherche équitables s'appuie autant que possible sur la totalité de l'étendue
spatio-temporelle des thèmes de la page en répondant à trois besoins fondamentaux
:
- Les constantes originales et intangibles des intentions de la page,
- les évènements locaux, ..., mondiaux liés aux informations de ladite
page et enfin,
- l'annuaire des liens existant sur les mêmes sujets ou contacts de
personnes spécialistes du domaine.
Autrement dit aussi, la confiance accordée à une information dépend de sa
prétention à la pérennité, à l'évènementiel ou au relationnel.
6. Pages Perso, pas Perso ?
Beaucoup d'études sociologiques menées sur les pages web personnelles font
étalage d'une majorité de mauvais usages (cf.http://www.fing.org/ref/lettres/148.html
).
En réalité, au delà de toute la problématique de la trajectoire et du ''work
in progress'' des pages personnelles qui sont aussi le lot de tous les autres
types de page, plutôt que d'expliquer la réalité courante des pages perso,
il est préférable de préciser certaines propriétés douteuses des pages réputées
pas personnelles :
Une page réputée non personnelle est typiquement une page institutionnelle,
d'entreprise ou d'association ; ces pages parlent donc au nom de l'institution,
l'entreprise ou l'organisation qu'elles représentent, néanmoins ces informations
ont été quelque part mises en ligne par des personnes. Les acteurs de l'échange
d'information, sont respectivement, la personne qui a mis en ligne la page
et qui est productrice de l'information, le tiers de confiance qui est l'Organisation
(Institution, Entreprise, Association ...) qui revendique la page et le récepteur
de l'information est l'internaute qui lit la page. Que se passe-t-il si l'internaute
n'a aucun moyen de signaler les erreurs ou oublis d'une page pas perso à ceux
qui peuvent agir sur son contenu ?
S'il n'y a aucune possibilité de réagir sur des informations fausses ou insuffisantes,
il est clair que l'Institution, l'Entreprise ou l'Association qui sont responsables
des pages incriminées risquent de perdre la confiance de leurs internautes
voire de se faire attaquer pour publication mensongère ; de plus, les personnes
qui ont effectivement mis en ligne les pages peuvent servir de bouc émissaire
en cas de scandale. Bref, l'échange d'information n'a pas tellement intérêt
à être anonyme : l'implication d'un interlocuteur responsable à toute page
mise en ligne par une Organisation est incontournable même en l'absence d'obligation
légale.
Autrement dit, il n'existe pas de page véritablement non personnelle : une
page non personnelle est une page anonyme qui ne peut quasiment pas être
modifiée parce que les personnes susceptibles de mettre à jour l'information
ne sont pas contactables par le récepteur des informations.
Pour conclure sur une note positive : la page personnelle sur l'internet,
l'intranet, l'extranet est une page rapidement réactualisable prenant en
compte les observations et besoins de ses lecteurs ; la vie des Institutions,
des Entreprises et des Associations dépend de plus en plus de la confiance
collaborative des informations qu'elles cultivent.
7. La confiance : du temps pour l'écoute, l'observation et l'argumentation
Dans les études sociologiques des pages personnelles (http://www.fing.org/ref/lettres/148.html
), le temps de plus en plus important consacré à l'écoute et l'observation
des visiteurs a été analysé ; d'une certaine façon, on peut dire que les Institutions,
Entreprises ou Associations se savent pas toujours aussi bien analyser les
attentes et besoins de leurs internautes que ne le font certains passionnés
de pages personnelles.
La confiance se construit et s'entretient, c'est une tâche noble dont aurait
tort de sous-estimer l'importance tant elle peut donner sens à la vie de
beaucoup de gens.
Le minimum d'écoute des réactions des internautes consiste à répondre et agir
en conséquence.
L'analyse du classement d'une page dans les moteurs de recherche est aussi
assez instructif.
Enfin, en l'absence de message laissé par les internautes, l'analyse de l'origine
des adresses IP des visiteurs d'une page et la recherche de l'appartenance
de l'adresse permettent parfois de mieux comprendre les attentes et besoins
indirectement exprimés : ce travail d'analyse indirecte est surtout utile
pour des spécialités fréquentées par des universités et entreprises.
C'est aussi le dialogue qui conforte la confiance ; l'argumentation est le
fondement de tout travail collaboratif et l'outil incontournable de l'apprentissage
: le projet européen SCALE (http://www.euroscale.net/
: « Support Collaborative Argumentation-based LEarning ») s'emploie à décliner
la maïeutique sur l'Internet : « Learn to Argue, Argue to Learn ».
8. Génération spontanée, Percolation et Mémétique
Le cycle de vie des informations est forcément un sujet majeur pour les informaticiens
; il n'est donc pas inutile d'en rêver et d'y appliquer toutes les métaphores
de la physique et de la vie :
- Comment apparaissent les informations et que dire de leur génération
spontanée ?
- Comment les informations peuvent être-t-elles efficacement transmises
et comment les bonnes idées parviennent-elles à percer (percolation) ?
- Comment les informations se propagent-elles en se répliquant et comment
parvenir à la surgénération ou mémétique (cf. http://jom-emit.cfpm.org , http://www.memetique.org )
9. Les clés de compréhension et leur classement
Face à l'explosion des quantités d'information, il devient nécessaire de
structurer et d'améliorer les modes de transmission.
Sans clés de compréhension beaucoup d'informations sont quasiment inutilisables.
Chaque système éducatif contribue à l'apprentissage de ces clés de compréhension.
Il y a des dépendances entre ces clés de compréhension qui font que certaines
de ces clés ne sont compréhensibles que si on en possède certaines autres
au préalable ; ces dépendances sont apparentées mais différentes des arbres
de connaissances ; en effet, certaines de ces clés de compréhension établissent
des relations entre certaines branches apparemment très éloignées des connaissances
; ces rapprochements améliorent considérablement la transmission des connaissances.
Les clés de compréhension sont comme le sel de la soupe, elles donnent du
goût voire du sens aux connaissances.
Les clés de compréhension sont des méta-informations d'un type particulier,
ce sont souvent des racourcis qui permettent de retrouver ou vérifier des
informations difficiles à mémoriser. Il est utile de donner des exemples
:
En chimie l'étude quantique des couches électronique permet d'expliquer les
points communs des propriétés chimiques et physiques des éléments de la classification
de Mendéléiev regroupés en alcalins, halogènes, terres rares ...
En mathématiques, la notation complexe d'Euler des fonctions circulaires
permet de retrouver rapidement les relations de trigonométrie fastidieuses
à mémoriser.
En informatique les diagrammes de Harel (statecharts ou diagrammes d'état
utilisés en UML :http://etna.int-evry.fr/COURS/UML
) permettent des représentations simplifiées de comportements hiérarchiques
et concurrents d'automates complexes.
10. Connaissances et projets ?
Les connaissances sont indispensables à la conduite de projets ; plus précisément
les projets bien menés gèrent les connaissances (cf. Knowledge Management
:http://www.insead.fr/CALT/Encyclopedia/ComputerSciences/Groupware/Workflow
). Une des meilleures approches de la gestion d'informations relatives aux
projets pluridisciplinaires est l'Analyse de la Valeur (cf. http://www.scav-csva.org/v1/html/fr/Methode.htm
).
Parmi les problématiques de la gestion des connaissances relatives aux projets
il y en a deux qui ont trait à la confiance et à la percolation :
- Les projets sont souvent la propriété d'entreprises et doivent prendre
en compte certaines parts de confidentialité tout en évitant des pratiques
paranoïaques pouvant conduire à l'asphyxie ; l'engagement financier relève
du secret des affaires, tandis que la constitution de savoir-faire et les
dépôts de brevets relèvent de la propriété industrielle : il est important
de ménager des espaces de confiance dans chaque projet et entre projets
pour limiter les risques d'échec par asphyxie (e.g. départ d'un collaborateur
indispensable, manque de ressources en temps et en compétences pour résoudre
certains problèmes).
- Pour ce qui est de la percolation, tout ou parties de projets peuvent
faire l'objet de commerce, plus précisément les informations relatives aux
projets ont intérêt à pouvoir être transmises rapidement et efficacement
; la complexité des projets est chiffrable et le temps de tranfert d'une
équipe à une autre est évaluable. La granularité des échanges d'information
peut-être très fine, particulièrement en informatique il peut s'agir de
la réutilisation de fragments de codes empruntés sur un serveur CVS d'un
autre projet (cf. http://linuxeduquebec.org/article.php3?id_article=212
), les développeurs travaillant en confiance et communiquant fréquemment
sur la résolution de leurs problèmes. Outre les standards méthodologiques
de gestion des informations de projets comme l'Analyse de la Valeur ou la
gestion de spécifications en informatique (cf. IEEE Standard 830-1984,
Recommended Practice for Software Requirements Specification, Institute
of Electrical and Electronics Engineers, 1984), il existe plusieurs produits
industriels qui conditionnent la commercialisation des projets (i.e. faculté
de vendre ou d'acheter des projets s'adossant à tel ou tel environnement
de gestion informatisée des projets) ; en particulier le site du Conseil
International en Ingénérie des Systèmes (http://www.incose.org ) affichait publiquement
une liste de progiciels, parmi les plus répandus Doors (http://www.telelogic.com ) et CaliberRM
(http://www.borland.com/caliber
), RTM ( Requirements & Traceability Management : http://www.serena.com/Products
), RequisitePro (http://www-306.ibm.com/software/awdtools/reqpro
). Du point de vue organisation sociologique des projets, plusieurs zones
de dialogues sont nécessaires, c'est une des améliorations en cours des
serveurs de développement collaboratifs sourceforge (cf. http://gforge.org ), principalement il y a
une zone d'échange propre aux développeurs et une zone propre aux utilisateurs
qui signalent les bogues et font remonter de nouveaux besoins ou usages participant
de l'amélioration de l'expression des besoins des applications en cours
d'élaboration, d'autres zones d'échanges sont nécessaires en particulier
pour la documentation qui relèvent de catégories spécialisées de développeurs
ou utilisateurs mettant en oeuvre leurs compétences linguistiques pour les
explications et les traductions (i.e. ils jouent le rôle de relecteurs des
comités de lecture des revues scientifiques).
11. Structures de l'esprit et cognition
Plus fondamentalement, il est légitime de penser que l'apprentissage ne s'opère
pas de n'importe quelle façon et que l'esprit humain possède des structures
quasi physiques ; par ailleurs, il a également été démontré, par les cogniticiens
en particulier, qu'il était important d'entraîner son agilité d'esprit.
Outre la psychanalyse qui tend à résoudre certains blocages ou inhibitions,
des procédés pragmatiques ont été développés qui connaissent actuellement
des prolongements informatiques.
La méthode la plus répandue est issue de l'école lancée par Tony Buzan et
son frère dans les années 1950 autour du concept "Mind-Map" reposant sur
l'observation des mécanismes d'associativité de la mémoire humaine ; ce procédé
a été utilisé dans de nombreuses entreprises pour enseigner aussi rapidement
et efficacement que possible des métiers complexes : Boeïng pouvait ainsi
initier en deux semaines ses cadres à l'essentiel des aspects de l'avionique.
Actuellement des outils informatiques sont disponibles pour pratiquer la
méthode : l'encyclopédie libre http://fr.wikipedia.org/wiki/Mind_mapping
explique bien les principes et le logiciel libre http://freemind.sourceforge.net/wiki/index.php/Main_Page
permet d'organiser ses projets autour de ce concept.
Plus commercial, MindGenius (cf. http://www.petillant.com/article36.html
, http://www.mindgenius.com/) s'interface
aux outils Microsoft de bureautique, dessin et gestion de projets.
Des cogniticiens proposent des logiciels d'entretien des capacités intellectuelles
qui relèvent plus de l'ergothérapie (au sens "Occupational Therapy") que
de la structuration d'activités collaboratives : http://www.happyneuron.com/happyneuron/default.asp
12. Conclusion
Les échanges d'informations procèdent fondamentalement de mécanismes de relations
de confiance.
Le tiers de confiance est un acteur essentiel pour prétendre améliorer la
qualité et l'efficacité de l'avancement des idées, de l'enseignement et de
la vie des projets.
La messagerie électronique devrait pouvoir se débarrasser prochainement du
SPAM en mettant en place des mécanismes de tiers de confiance ; à défaut
de voir nos Fournisseurs d'Accès Internet (FAI) s'engager clairement dans
cette voie, les meilleurs spécialistes mondiaux de sécurité commencent à
proposer beaucoup de solutions élégantes (e.g. Martin Abadi et al. « Certified
Email with a Light On-line Trusted Third Party : Design and Implementation »,
may 2002, WWW2002, http://www2002.org/CDROM/refereed/488
).
La percolation des informations (e.g. Propagation des bonnes idées ou bons
usages) dépend fortement des sensibilités, affinités et confiance régnant
entre les intervenants.
L'extention de la téléphonie à la superphonie (http://csdl.computer.org/comp/proceedings/icdcsw/2002/1588/00/15880728abs.htm
) et plus généralement l'informatique ambiante ou évanescente (i.e. Informatique
ambiante :http://www.inrialpes.fr/planete/people/roca/rhdm02/slides/09Mai_L.Ciarletta_Informatique_Ambiante-RHDM02.pdf
; Disappearing Computing : http://www.disappearing-computer.net
) nécessiteront la mise en place de mécanismes temps-réel de contrôle de
confiance. En tout cas, comme la voix est l'organe essentiel de production
rapide d'informations, le développement de la superphonie est un facteur
important en faveur de l'amélioration de la productivité innovative de nos
sociétés.
La percolation des principes de tiers de confiance évoqués dans cette page
devraient fertiliser les paysages cybergéographiques (cf. http://barthes.ens.fr/atelier/geo/biblio/cybergeo-intro.html
) en encourageant le dévoloppement de technologies collaboratives.